Jules est le plus beau des jeunes hommes. & moi je suis devenue vieille. Mais pas aigrie. Juste vieille. Mais bon je me soigne. En pleine force de l'âge, comme ils disent. Il ramène toujours ses copains à la maison. Pour me prouver que je peux encore plaire, j'les drague. Juste un peu hein, rien de méchant. Ils rentrent dans mon jeu & j'adore ça. A travers leurs jeux d'alcool, je me revois à leur âge. A abuser de la vie & de ses délices. A jouer de mon charme & à me moquer des garçons. A critiquer & à adorer détester. Au moins, il ne ramène pas de filles. La concurrence est mon amie, peut-être parce que nous sommes vendredi 13. Jules a voulu tenter la fac' de droit. Il a des rêves d'avocat. De gloire & de sexe, oui. C'est un beau parleur, il est encore parvenu à grapiller à sa vieille maman une augmentation sur son argent de poche. C'est provisoire m'man, & j'te rembourserai promis! Je ne peux rien lui dire. Rien lui reprocher. J'étais exactement pareille à son âge. & je suis en admiration devant lui, il soutire ce qu'il veut de moi. Il ne sait pas que je sais qu'il sait. A bon entendeur.
Lou, quant à lui, a ramené sa petite amie en rentrant du lycée. J'ai grimacé, mais l'ai tout de même embrassée. Elle est rousse.
& elle a mangé toutes mes gaufres belges.
Eliott, lui aussi, est amoureux. Je l'ai pris sur mes genoux. Ses boucles dans mon nez, j'ai éternué. & j'ai ri. & je l'aime. Je lui ai parlé d'amour. Il m'a dit que j'étais la seule fille qu'il aimait. Je l'ai embrassé. Mon fils ira loin.
Rose veut se maquiller. Je la prends pour ma poupée. Quand je fais les Soldes, je lui achète plus de robes que je ne trouve de sous-vêtements, mon péché mignon, tout de même. C'est niais, je sais. Mais ça m'amuse. Je lui ai dit qu'elle était encore trop petite, mais sa palette de maquillage l'attend depuis déjà un demi siècle dans mon armoire. Entre ses dents de lait & ses premières chaussettes.